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  • Destiny TCHEHOUALI
  • Solidarité Numérique Nord-Sud
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  • 17/02/1984
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  • International consultant ICT for Development , Agence mondiale de solidarité numérique. Chercheur-Doctorant en géographie(Spécialité : Société de l'information, TIC, Territoires et Développement).

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  • : Société de l'information Coopération Nord-Sud Solidarité numérique ICT4D Actualité
  • : Ce blog est un mini carnet de recherches dans lequel je partage des réflexions et travaux personnels sur la réduction de la fracture numérique Nord-Sud. C'est également une sélection d'articles sur l'évolution des sociétés de l'information. C'est enfin un regard croisé entre les politiques de solidarité numérique et les dynamiques territoriales d'appropriation des TIC, en particulier en Afrique.
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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 00:20
    Le concept de " Solidarité numérique " a été présenté pour la première fois par le président Abdoulaye Wade lors du deuxième sommet préparatoire au  Sommet mondial sur la société de l’information (à Genève, Suisse, 2003). Depuis la création du FSN (Fonds de Solidarité Numérique, basé à Genève) et de l'AMSN (Agence Mondiale de Solidarité Numérique, basée à Lyon) en 2005, l'idée de la solidarité numérique semble faire son bonhomme de chemin avec succès, mais également avec quelques craintes. Celles-ci restent liées au fait que 3 ans après la deuxième phase du SMSI à Tunis, le principe de solidarité numérique reste confronté à des difficultés de mise en oeuvre qui pourraient être résolues si aujourd'hui un grand nombre d'Etats, d'institutions publiques  (collectivités territoriales,...) et privées (les entreprises de télécommunication et d'informatique) signait leur adhésion au principe du 1% numérique (contribution de 1% de la marge des vendeurs sur les marchés publics relatifs aux TIC).   La solution serait certainement dans l'organisation de la conférence mondiale de Lyon (prévue en fin 2008), au cours de laquelle il s'agira de remobiliser tous les acteurs de la société de l'information  et de susciter cette fois-ci leur engagement concret dans la solidarité numérique. Car il semblerait bien que la solidarité numérique soit l'une des ultimes opportunités pour l'Afrique et les pays du Sud de combler une partie de leur retard en matière d'accès, de diffusion et d'appropriation innovante des TIC et de développement des usages d'Internet.

    En attendant de se donner rendez-vous pour fin 2008 afin de refaire le point de la situation, je vous propose de lire cet extrait d'une interview accordée au Président Abdoulaye Wade  en Mai 2006, après qu'il ait reçu le prix UIT de la société mondiale de l'information. Ses réponses insistent sur les enjeux et l'intérêt de passer d'une société de compétition à une société numérique plus solidaire, plus inclusive et équitable.


Extrait d’une interview accordée au Président Abdoulaye Wade, Lauréat du Prix UIT de la société mondiale de l’information. (17 mai 2006).

M. le Président, que signifie ce prix pour vous?

     
  « En portant son choix sur m
a modeste personne comme colauréat avec le professeur Muhammad Yunus de ce prix de la société de l’information qu’elle décerne pour la première fois, l’Union internationale des télécommunications honore en réalité mon pays, le Sénégal, mon continent, l’Afrique, et mieu laureates1-1.jpg x encore, tous les Africains qui ont voulu, ensemble, donner corps à une idée que j’avais simplement émise. Ce prix va tout naturellement à l’Afrique, car c’est en décembre 2003, ici même à Genève, que j’avais proposé le concept de Fonds pour la solidarité numérique. J’accepte volontiers ce prix, moins comme une récompense qu’un encouragement à poursuivre, avec toutes les bonnes volontés, la vulgarisation de l’ordinateur, l’accès du Sud au web, c’est-à-dire à la formation et aux connaissances, pour combler le retard.

J’ai toujours pensé qu’une société de l’information plus équilibrée et plus harmonieuse devrait être fondée sur une généralisation de l’accès à l’outil informatique, car il faut éviter que les pays en retard dans ce domaine risquent une marginalisation irréversible. Donner à tous la possibilité de se connecter, d’être à l’écoute, de se faire entendre et de suivre la marche du monde: tel est le sens fondamental du Fonds pour la solidarité numérique.

Voilà pourquoi, au-delà même de l’honneur qui m’est fait, j’apprécie positivement que l’UIT maintienne ce dossier de l’information au cœur de l’agenda international. »

Certains considèrent l’internet comme une panacée, d’autres le diabolisent. Quel est votre avis?

« Le web, dans ses différentes applications, fait désormais partie de la vie de tous les jours. Que l’on soit du Nord ou du Sud, notre vie est influencée par les bouleversements de l’internet. On communique pour le meilleur, et hélas, on communique aussi pour le pire. Nous sommes donc tous concernés par le numérique, soit par nos propres actes, soit par les conséquences que nous subissons. Toute la dimension de la mondialisation, portée par les valeurs des technologies de l’information et de la communication, se résume en ces termes. On ne choisit pas de participer à la mondialisation: elle s’impose à nous.

Comme je le disais lors d’un séminaire que mon Gouvernement a consacré récemment à la mondialisation, même si on n’est pas d’accord sur le fait que la Terre tourne, elle continue quand même son mouvement. C’est ce constat d’une rationalité toute simple qui fonde mon pari sur la vulgarisation des technologies de l’information et de la communication. C’est un rendez-vous avec l’histoire que nos peuples ne devraient pas manquer.

J’ai eu l’occasion de rappeler que le monde, depuis sa création, se divise de plus en plus en deux communautés: celle qui communique, et celle qui ne communique pas. Et, heureusement, aujourd’hui, l’internet nous permet de combler ce fossé numérique, et le Fonds pour la solidarité numérique nous offre en la matière un mécanisme approprié.

Je demeure convaincu que la rencontre des cultures n’aura jamais facilité autant le rapprochement des hommes qu’avec l’application des nouvelles technologies. Le web, à l’image des anciennes écoles de la Grèce antique, doit être vu comme un immense espace où le donner et le recevoir de l’esprit et de la connaissance se rencontrent sans frontières et sans préjugés — comme dirait Léopold Sédar Senghor. »

Que fait le Sénégal pour réduire la fracture numérique?

« Par sa superficie, sa dimension démographique et son potentiel en ressources naturelles, mon pays n’a pas d’atouts particuliers. Nous avons donc misé sur la qualité de nos ressources humaines, et c’est pourquoi je consacre 40% du budget national à l’éducation et à la formation — je crois, d’ailleurs, que mon pays est le seul à atteindre cet objectif, alors que l’objectif de l’Union africaine est de 20%. C’est pour cette raison que l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (l’UNESCO) a classé le Sénégal comme leader mondial de l’éducation. En faisant confiance au génie créateur du peuple sénégalais, j’ai pour ambition de créer un système intégré où, du préscolaire à l’université, l’usage de l’ordinateur soit et reste une constante.

Nous avons ainsi, il y a quelques années, inauguré le concept de la Case des tout-petits, où les enfants de deux à six ans apprennent à se familiariser avec les jouets modernes dont l’ordinateur de jeu: la génération de la Case des tout-petits sera une génération très particulière, qui vivra avec son siècle. Je considère, en effet, que l’outil informatique est avant tout un outil. Cependant, cette lapalissade est contrariée par la fracture numérique. »

Mais n’est-ce pas un luxe de penser à donner à tous l’accès aux TIC?

« En effet, la fracture numérique fait de l’ordinateur, par exemple, une fin, ou encore un luxe dont les seuls bénéficiaires sont nécessairement choisis selon des critères qui échappent à tout esprit épris de connaissance et de réalisation. Car, il faut le rappeler, l’esprit sincère qui a pour culte le savoir sait qu’en le partageant il lui donne l’opportunité de grandir pour le bien de tous. Le programme «un étudiant un ordinateur, un enseignant, un ordinateur», que j’ai lancé il y a quelques années au Sénégal, s’inscrit dans cette démarche.

Cela n’est plus un rêve depuis que le maire de Besançon et le Président-directeur général de la Compagnie AXA m’ont offert 30 000 ordinateurs à reconditionner. Cela veut dire que le réseau de solidarité numérique que je suis en train de créer au Sénégal recevra peut-être plus d’ordinateurs qu’il n’en faut. Mais il en suffira d’un par sénégalais et je serai satisfait. Car l’ordinateur n’est pas un luxe, contrairement à ce que l’on croit. Quelqu’un a dit, «mais le Président Wade, au lieu de nous parler de l’ordinateur, pourrait nous parler des moyens de nourrir nos populations». Eh bien, c’est mal comprendre le problème, car l’ordinateur est aussi utile dans l’agriculture que dans les bureaux ou dans les usines. Beaucoup de fermes modernes sont gérées aujourd’hui par l’ordinateur, et elles fonctionnent d’autant mieux grâce aux économies de toutes sortes, et aussi grâce à la recherche de l’efficacité. »

 Pouvez-vous nous citer d’autres initiatives entreprises par le Sénégal dans le domaine des TIC?

« J’ai lancé l’Université du futur africain (UFA) qui est en construction avancée. L’UFA a pour vocation de recevoir, sans distinction de pays d’origine, tout étudiant africain remplissant les critères pédagogiques et bilingue. Cet établissement universitaire futuriste sera équipé d’infrastructures de télécommunications de pointe pour permettre à ses étudiants de se connecter à un réseau d’universités partenaires afin de suivre des cours en temps réel par satellite. A la fin de leur cursus, ces étudiants, qui n’auront pas besoin d’aller aux États-Unis ou en Europe pour accéder à la connaissance, recevront les mêmes diplômes que ceux décernés par les universités partenaires, et non des équivalents. Nous comptons par ce moyen contribuer à la lutte contre la fuite des cerveaux dont souffre le continent africain.

Autre initiative, l’intranet gouvernemental qui relie les différents pôles de l’administration locale au Sénégal, en attendant la connexion avec nos représentations extérieures. Avec cet intranet, nous avons déjà réduit de manière considérable la facture téléphonique du gouvernement. Nous avons d’ailleurs lancé un programme intranet au niveau de la CEDAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et bientôt au niveau de l’Union africaine et ceci avec la coopération de certaines sociétés internationales spécialisées.

J’apprends que le Sénégal a été le deuxième pays au monde, après le Japon, à avoir relié ses administrations par un réseau unique à fibres optiques. Cette réalisation, produit de l’expertise de jeunes Sénégalais, rendue possible grâce à l’appui financier de la Banque mondiale, a été facilitée par les réformes institutionnelles qui ont abouti à la création de l’agence de l’informatique de l’État du Sénégal. Cette agence a permis à des ingénieurs et informaticiens sénégalais formés et travaillant à l’extérieur de rentrer dans leur pays et d’y valoriser leurs compétences.

En outre, le Sénégal travaille actuellement avec une compagnie partenaire pour lancer un logiciel en wolof, l’une de nos langues nationales. »

La solidarité numérique se traduit-elle uniquement par des partenariats Nord-Sud?

« La nouvelle dimension de la coopération Sud-Sud dans le domaine de la solidarité numérique est tout aussi importante. En effet, l’Inde et l’Afrique viennent de lancer un ambitieux programme de coopération pour la télémédecine, la gouvernance et la formation à distance, lequel repose sur un réseau à satellite reliant tous les pays africains à l’Inde, et dont le noyau se trouve à Dakar. Le potentiel de la solidarité numérique, par la diversité des moyens mis en œuvre et la variété des domaines d’application, offre à l’humanité une chance sans précédent de vaincre l’ignorance, de combattre la pauvreté et d’assurer à tous des conditions de vie décentes car compatibles avec la dignité humaine.

La formidable révolution en cours ne doit laisser personne au bord de la route, et cela est possible. Les jeunes du Sud, mis dans les mêmes conditions de concurrence que ceux du Nord, sont parfaitement capables de se dépasser. Comme je le dis souvent, l’ordinateur est le domaine de la démocratie parfaite: un Sénégalais, un Indien, un Chinois, un Américain, un Français ou un Suédois, placés devant le même ordinateur, avancent tous à la même vitesse — celle de la lumière. »

Source : http://www.itu.int/itunews/manager/display.asp?lang=fr&year=2006&issue=05&ipage=laureates1&ext=html

 

 

Par Destiny Godson - Publié dans : Fractures numériques
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